L'onirothèque

Recueil des mes écrits

posté le 02-06-2011 à 23:03:57

La colère d'Assouan

[Voici le deuxième écrit que j'ai produit et terminé, quatre ans après le premier. Il reprend les personnages de "La princesse voleuse" mais au fond ils ne sont pas les mêmes. J'ai produit cette nouvelle suite à une colère que je voulais retranscrire dans une situation précise. J'aime bien faire des situations courtes mais chargées d'émotions. Bonne Lecture!]

 

[Attention, ce récit peut choquer les plus jeunes d'entre vous. Il parle de mort et d'injustice, si vous ne vous sentez pas de continuer la lecture, je vous en pris, abstenez-vous. Merci d'avance!]

 

Huit heures. Cela faisait huit heures qu’il était comme ça.

Ils étaient venus hier vers les dix heures. Depuis, il est inconscient. Ou presque. Ils sont venus chercher les enfants, et comme il les avait hébergés, ils l’accusaient, lui, d’être un traître. Un traître.

Sans le moindre avertissement, ils l’avaient assommé et l’avaient embarqué avec les enfants. Les enfants. Des jeunes sans rien, sans parents, sans maisons, sans aides car leurs parents pensaient différemment des autres. Leurs parents avaient dit que tous, autant différents que possible, étions capable de vivre chacun en harmonie avec les autres, dans la plus grande tolérance possible.

Cela n’avait pas plu aux autorités religieuses de la région. Assouan le savait car il travaillait aux postes, et comme le courrier, les idées des supérieurs religieux passaient par lui, du moins comme commérage.

Pourtant, il n’avait pas réfléchit quand, en rentrant chez lui en fin d’après-midi, il avait trouvé ces six enfants mendiants. Ils les avaient pris avec lui et les avait aidés à se reposer. Ils avaient marchés pendant deux jours dans le désert avant d’arriver dans le village. Par simple bonté d’âme et en suivant sa religion, il les avait aidés, comme on aide son prochain. C’était, selon les écritures, la meilleure voie pour atteindre le paradis.

Eux non plus n’avaient pas réfléchit quand ils sont entrés chez lui. «Les as-tu aidé?» avait demandé le chef du groupe.«Oui, comme il est écrit dans Le Livre.» il avait répondu.

Puis plus rien. On l’avait assommé, et sûrement transporté avec les enfants.

 

En tout cas il venait de se faire réveiller sur la grande place. On l’avait attaché sur un mur de colonnes. Ses liens étaient solides et lui brûlaient la peau sur les avant-bras. Son torse était bien attaché lui aussi, ainsi que ses jambes. En fait, c’était tout son corps qui lui faisait mal. Il était tenu de part en part par des cordes solides. Comme un criminel. Il leva la tête et aperçu les enfants. Attachés par les bras et suspendus à un tronc, leurs pieds les supportaient à peine. Certains étaient inconscients, les autres pleuraient. Seul l’aîné du groupe était silencieux et regardait ses tortionnaires avec du dégoût, de l’incompréhension, de la peur, et du défi.

Il les avait menés dans le désert et il avait enduré bien plus de souffrance qu’Assouan n’imaginait possible avant leur venue, jusqu’à qu’il lui raconte. Ce n’était rien d’être malmené ainsi par rapport à tout ce qu’il avait dû vivre après la mort de ses parents.

Assouan tourna la tête et vu ceux qui étaient venu les chercher hier. C’était des gens de la police religieuse. Comme lui, ils suivaient les préceptes, comme lui, ils connaissaient les écritures. Pourquoi alors l’avaient-ils emporté? Pourquoi recherchaient-ils ces pauvres enfants? Ils n’avaient rien fait si ce n’est ce prendre les pierres que l’on destinait à leurs parents.

Il était six heures à l’horloge de la place. Mirah devrait arriver dans dix minutes de son voyage vers la capitale.

Les hommes de la police religieuse faisaient du raffut. Ils haranguaient la foule venue voir ce rassemblement.

Assouan compris alors qu’il était sur l’estrade des exécutions. Il regarda, apeuré, au alentour mais il ne connaissait personne particulièrement qui aurait pu témoigner en sa faveur.

Les minutes tombèrent, les unes après les autres. La tension monta. Le chef de la police arriva et lu à haute voix les peines des attachés: la mort pour tous.

 

Assouan ne compris pas. Pourquoi la mort? Il avait suivi les préceptes du Livre! Ces enfants n’avaient rien fait! Eux, comme lui, étaient absolument innocents devant les écritures! Pourquoi en arriver là?

La peur en lui se mêla à la colère de l’incompréhension. Il cria comme il put son innocence. Mais un homme le bâillonna. Terrifié à l’idée de voir des enfants mourir devant lui, il ferma les yeux.

Un coup de feu se fit entendre. Il ouvrit alors les yeux pour voir, il n’avait pu s’empêcher de voir la victime.

C’était la petite. La plus jeune, la plus malade. Elle avait été portée par l’aîné durant leur périple et sa vie ne tenait plus à grand chose. Mais ce n’était pas une raison pour ne rien faire! Assouan l’aurait emmenée à l’hôpital tôt le lendemain.

Maintenant c’était trop tard. Une tâche rouge souillait son corps frêle et fragile. Elle était incapable de savoir ce qui lui était arrivé. Sa jeune âme aurait une place de choix auprès du seigneur, trop jeune pour être impure, elle avait été la preuve vivante que le bien existait encore.

Trop tard. Assouan n’avait pas été là pour la protéger. L’aîné non plus. Lui aussi pleurait.

Mais Assouan ne pleurait pas. Il avalait cette méchanceté gratuite, il absorbait ces horreurs. Il lui fallait savoir pourquoi la foule semblait suivre ces horreurs! Il regarda l’homme qui l’avait bâillonné et le questionna du regard. «Pour le bonheur du pays!» dit-il avec un sourire.

C’était trop. Le pays ne pouvait pas être heureux avec ce sang sur les mains! Assouan n’y croyait plus. Sa rage monta encore. Il n’était pas très fort, mais juste assez pour se scarifier avec ses liens.

La deuxième victime, le plus jeune garçon, se pris une balle dans le cœur et mourut avec un long cri de désespoir et de souffrance. Les autres pleuraient de plus belle. Surtout le petit garçon qui était à coté de l’assassiné. Il savait qu’il était le prochain et son visage ne reflétait que l’épouvante de la mort qui allait le suivre.

 

Six heures neuf. Le quatrième enfant venant de mourir.

C’était une jeune fille. La grande sœur du bébé qui était morte en premier.

Toute une famille venait de s’éteindre.

Il ne restait plus que les deux plus grand. L’aîné du groupe, et la plus vieille fille. Elle devait avoir dix ans. Et elle avait un pistolet pointé sur sa tempe. Un pistolet qui avait fait quatre innocentes victimes.

Assouan refusait cela. Une chose? Pouvait-il faire au moins une chose pour elle?

Du temps. Il pouvait gagner du temps.

Il s’agita alors dans ses liens et l’attention générale se tourna vers lui. Les bourreaux se tournèrent vers lui. Le pistolet se pointa vers sa jambe et cracha une balle. Une balle. Sa jambe. La douleur fut intolérable. Ses nerfs refusaient de lui dire à quel point il avait mal. Mais ils lui faisaient bien sentir. Malgré le bâillon, il cria. Ses muscles faciaux se tordirent. Son corps se raidit. Son torse se brûla encore sur les cordes.

La foule regarda. Certains jubilaient, d’autres pleuraient. Pourtant, au milieu de cette violence, une personne apparu. Une femme. Couverte sous une cape à capuche, elle revenait de loin.

Malgré tout cela la peur se lisait sur son visage. Elle venait de voir son mari se faire blesser et le simple fait d’avoir cette idée la révulsait.

Assouan ne supportait pas de la voir comme ça. Mais il ne voulait pas qu’elle soit mêlée à cette horreur. Il fallait qu’elle se cache. Si jamais on apprenait qu’ils vivaient ensemble. La police religieuse trouverait une excuse de plus pour faire une nouvelle victime.

Malheureusement, les regards se tournèrent vers elle.

Mais pas le pistolet. La deuxième jambe d’Assouan explosa de douleur. Cette fois ses nerfs ne purent retenir la douleur. Cette impulsion nerveuse lui retourna les idées.

Il ne lui resta alors plus que des émotions. La rage. La colère. Le reste avait disparu.

Son corps entier refléta ses pensées. Le moindre muscle se crispa.

Toutes ses cellules refusaient l’existence même de ces atrocités.

Chacun de ses atomes, chacune de ses particules, tous ses composants, du plus petit à son corps entier, refusa de laisser perpétrer ces ignominies. C’était l’existence même d’Assouan qui se révoltait. Son corps, son esprit, son âme.

 

À six heures dix, sur la place du village, un cri déchira l’assemblée. Mirah ne put s’empêcher de hurler le nom de son mari quand celui ci se fit tirer une deuxième fois dessus.

Les secondes qui suivirent ont été négligées par le temps lui-même. C’est après cet arrêt que l’on donna l’ordre d’attraper la femme «fautive ».

Tout le monde été tourné sur elle, même les deux jeunes qu’il restait à tuer.

C’est alors qu’Assouan ne se reconnut plus. Son esprit avait disparut. Son âme avait été noircie par tant de colère qu’elle ne reflétait qu’une idée: la vengeance. Son corps se crispa en entier, ses muscles se bandèrent tellement que les cordes cédèrent. Les blessures n’étaient rien comparées à ce qu’il pouvait arriver si d’autres personnes mouraient sous l’excuse que s’était trouvée ce groupe d’assassins.

Assouan se leva. La colère mène à la haine. La haine à la mort. Et la mort restait la seule solution pour sauver ces vies. Des vies qui valent la peine d’être sauvées par la mort d’assassins.

Il se tourna vers l’homme le plus proche de lui, le «bâilloneur». Son visage s’était transformé en une expression de dégoût et de stupéfaction. Assouan mesurait quelques centimètres de plus que lui et ils suffisaient à le terroriser. Mais le plus horrible dans tout cela était l’expression que l’on pouvait lire sur le visage de ce premier: c’était un sourire de rage, un sourire qui dépassait l’expression même de la mort.

C’est cette rage qui le transcendait. Elle muait son être. C’est dans cet état qu’il attrapa l’homme au cou. Sa masse musculaire se trouvait transformée par la colère. Il souleva l’homme à bout de bras et l’étouffa en serrant le poing. Il serra tellement fort qu’il lui brisa le cou.

Il se tourna ensuite vers le chef du groupe, le cadavre du premier toujours dans la main. L’homme venait de se retourner. Il leva son pistolet et tira dans la tête d’assouan.

Mais la balle n’atteindra pas sa cible. Assouan avait contré le tire en lançant le cadavre qu’il avait dans la main sur la trajectoire de cette première. Puis il courut, il devait atteindre le tireur. Sa vengeance voulait sa mort. Rien au monde ne pouvait l’en empêcher.

En moins de temps qu’il faille au chef pour tirer, Assouan arriva sur lui. Alors son esprit s’affina. Il attrapa le bras du chef et le dirigea vers un autre assassin. Le coup parti tout seul et le chef tua un de ses propres hommes. Assouan retourna l’homme qu’il tenait et mit le face à lui.

Un cri de terreur s’échappa de la gorge du meneur. Et aussitôt un autre cri le surpassa. C’était celui d’Assouan, celui de son corps, de son esprit, de son âme, de sa colère. C’était un cri universel qui signifiait tout le dégoût d’un être face à ces atrocités. Ce fut un râle long et puissant, presque craintif. Tous les mouvements stoppèrent. Personne ne voulait briser ce silence. Ce silence de morts. Ce silence de souffrances. Ce silence qui ne pouvait signifier qu’une chose pour le meneur: sa fin est arrivée.

Assouan invoqua sa nouvelle force, celle de son esprit, celle qui muait son corps, celle qui avait triplé ses muscles. Il souleva alors l’être abject qu’il tenait dans sa main, et le rapprocha lentement de sa tête. L’homme émit alors une petite complainte plaintive, tout proprement lamentable. Il voyait qu’Assouan allait le tuer. Et c’est ce qu’il se passa. Tête contre tête. Esprit contre esprit, il se confrontèrent. Seul Assouan voulait vaincre, il vaincu donc. Et il écrasa la tête de celui qui fut un assassin contre la sienne avec un craquement sourd et mouillé par les liquides vitaux qui glissèrent le long de son bras.

Tout ce qui arriva ensuite se passa très vite. Un des assassins encore en vie appela du renfort. Assouan brisa les liens des deux derniers enfants. La foule se dispersa en criant. Mirah se jeta dans les bras de son mari et descendit les enfants au bas de l’estrade.

 

Sur le canal codé du pays, on entendit des appelles en renfort de toutes les unités du sud. Ce fut alors la ruée vers la petite ville où une exécution avait finit en massacres. Toutes ces unités se dirigeaient là où émanait le signal d’urgence. Ce déploiement de force était impressionnant. Des chars, de l’artillerie, des troupes armées et tout un soutien logistique: il fallait stopper ce violateur de loi, ce défenseur de fausses idées, cet homme qui remettait en cause tout un système politique.

Assouan n’avait qu’eut le temps de dire à Mirah de fuir. Et elle partit avec les enfants en même temps que la foule. Elle partait se cacher dans le seul endroit qu’ils avaient conservé secret. La cabane qui cachait leur trésor.

Puis arriva les troupes de la ville voisine. Trois camions remplis d’hommes. Dès qu’ils furent en ligne de vue, ils tirèrent. Les gens debout encore en ville s’effondrèrent. Non seulement Assouan était à éliminer mais aussi tous ceux qui avait assisté à cette rébellion. Aussi bien les assassins que les passants.

Ce fut une hécatombe. La majorité des gens présents moururent et une quantité monstrueuse de balle convergea vers Assouan qui s’effondra. Heureusement que Mirah était déjà partie.

Les militaires s’approchèrent alors des cadavres pour «finir» le travail. Et là, seconde après seconde, minute après minute, on entendit des gens mourir. Un cri s’élevait de façon répétitive. Toujours le même, toujours celui de la mort.

Assouan vivait ses derniers instants. Il parlait avec la mort et compris à quel point il s’était enfoncé dans la colère. Sa mort allait être lente et douloureuse. Il comprenait enfin pourquoi il était là. Au fur et à mesure que son âme s’élevait, son esprit intégra tous les souvenirs inconscients présents en lui. Il comprit comment il était, comment était fait le monde, comment il pouvait, grâce à sa volonté, le renverser.

En même temps il sentit que son corps réagissait de moins en moins. Il ne sentait presque plus les sons, les odeurs et le goût du sang qui lui glissait au fond de la bouche. Par contre il recevait encore des messages nerveux signifiant la pénétration des balles dans son corps. Ils le mutilaient. Les lames de couteau à travers sa poitrine coupèrent les connexions avec le bas de son corps. Puis vinrent les flammes qui explosèrent les signaux électriques et son cerveau bouillait à force de recevoir de l’électricité.

C’est alors que sa colère refit surface. Son âme refusa de se laisser faire par la mort. Son esprit lutta contre l’idée d’abandonner. Son corps, déchiré, détruit, luttait lui aussi pour que sa volonté s’accomplisse encore.

Tous les éléments luttaient pour l’existence, et la volonté unifia le tout. Vint alors le moment où Assouan se releva. En feu, il ressemblait à un démon. Un démon vengeur intemporel. Sa colère dépassait l’entendement. Ses blessures se résorbèrent et le corps, debout grâce à la volonté, put alors se tenir seul. Et les pauvres rafales de balles ne firent rien. Les muscles refusèrent de les laisser passer. Elle stoppèrent donc leur route sur ce corps. Chacune de leurs estafilades se refermait presque instantanément et le feu qui brûlait ne s’éteignait pas, la chair consommée se reformait et il n’était pas à court de carburant. Assouan, où plutôt, la fusion du corps, de l’esprit et de l’âme de cet être appelé Assouan, ne voulait plus que la destruction de ses agresseurs.

L’espace se ploya face à cette force de volonté. Et tous les hommes autour implosèrent sans n’avoir jamais comprit comment. Puis les camions s’envolèrent et retombèrent lourdement en s’aplatissant.

Les unités de la deuxième ville arrivaient. Elle n’eurent pas le temps de comprendre. Deux secondes plus tard, il y avait à leur place qu’une bouillie de sang, de tissus et de métal.

Il y eu un répit. De deux heures. Le temps que le commandement des armées soit en place. Assouan, lui, ne bougeait plus. Son corps n’ayant plus d’agressions, il s’était stoppé. Seul son cœur bougeait.

 

Des missiles vinrent briser cet arrêt. Ils n’atteignirent jamais leur cible, stoppé net par la barrière de l’implacable volonté. De plus ils avaient laissé une trace derrière eux. Assouan bougea alors et se dirigea alors vers l’origine des traînées. En deux minutes il atteignit le premier bataillon, qui ne survécu pas à la colère brute. Les blindés ne firent pas mieux. Tous ceux qui voulaient barrer la route d’Assouan étaient simplement balayés par la force brute. L’association parfaite du muscle avec l’esprit. Il n’y avait plus aucune limite. Le corps d’Assouan devenait Assouan. Ses pensés n’était plus relayées, elles faisaient parties intégrantes de ce tout.

Le corps était mué par l’envie que tout cela s’arrête. Il n’y avait qu’une seule solution: stopper le gouvernement, qui était à la tête de tout ça. Le roi. Il fallait mettre un terme à ce règne sans sens. Assouan parti donc en direction de la capitale.

Bien qu’il rencontra une résistance dans des endroits statiques, sa marche était implacable. Rien ne l’empêchait d’avancer.

 

Le soir venu, il se retrouva face à l’entrée de la ville. Et pour le stopper, toutes les forces armées du pays étaient là. L’art de la guerre avait atteint son apogée. Le seul objectif était l’annihilation de l’ennemi. Et chacun donnerait sa vie pour sa.

C’est ainsi que moururent des centaines de milliers de soldats. Ils furent tous brûlés lorsqu ’Assouan arriva au milieu d’eux. Ils avaient beau tirer, les balles s’arrêtaient à cinq mètres d’Assouan repoussées uniquement par une volonté infinie. Ils avaient eu l’ordre de faire obstacle avec leurs corps. Et quand Assouan n’aurait plus le moyen d’avancer, ils auraient gagné. Il y eu alors une masse de corps autour de lui. Il se retrouva enfermé dans sa bulle de rage sous cette montagne de morts. Mais il ne pouvait pas s’arrêter. Son âme, coruscante de volonté, avait tout brûler. Il ne restait plus rien de l’armée de terre. Il ne restait plus que les gardes d’élites du roi. Très peu, ils posèrent de pièges sur le chemin d’Assouan.

Mais ce dernier s’impatienta et, le corps décida de se modifier. La douleur de la mutation était éventrante. Des ailes poussèrent en une minute sur son dos. Tout son corps était tiraillé vers ce dos. Puis son attention se calma. Il s’envola alors.

Une fois au-dessus de la ville, son esprit entra en connexion avec celui du roi. Et la volonté, la colère et la haine se jetèrent vers l’endroit où la peur et l’orgueil s’étaient réfugiés.

Une minute plus tard, Assouan était face au roi. Dans sa cache blindée.

Une seconde plus tard, tout ce qui avait fait ce qu’Assouan était devenu se concentra. Les énergies en jeu devinrent si colossales que le corps ne put les retenir.

 

Cela faisait un jour que c’était arrivé. Mirah était la première sur place. Elle avait mis les enfants à l’abris et avait fait demi-tour pour revoir son mari. Il était simple à suivre. Il suffisait d’aller là où les cadavres se déposaient. Et le soir où elle fut à une journée de marche de la capitale, une lumière s’échappa du centre de la ville. Une sorte de faisceau était montée au ciel. Puis avait suivi une terrible explosion. Tout autour avait été soufflé, anéantit. Il ne restait de la capital qu’un gigantesque tas de ruine.

Mais Mirah avait le sentiment que tout ne s’était pas terminé. Et elle s’approchait lentement du centre-ville. Elle avait le temps. Il ne restait plus rien de l’autorité du pays et elle était sûrement la seule personne en vie à des kilomètres à la ronde.

Elle s’aperçut une heure plus tard qu’elle s’était trompée. Elle venait d’arriver au centre de l’explosion. Et il y avait là une masse de cendre informe qui bougeait.

Mirah se jeta dessus et commença à l’enlever poignée par poignée. Il lui fallut une heure de plus dégager le corps qui était à l’origine de ce mouvement.

Surprise par son indemnité, elle le caressa et cela réveilla l‘homme. Assouan ouvrit les paupières, vit sa femme et lui dit:«tout est fini, ce pays ne connaîtra plus jamais la haine et le mensonge».

Mirah sourit et passa le bras de son mari par dessus son épaule et ils décidèrent de rentrer chez eux pour s’occuper des enfants, devenus désormais leurs enfants.

 

 


 
 
posté le 02-06-2011 à 23:35:01

Une soirée

[Dans un genre totalement différent de mes deux autres nouvelles, j'ai écris cette nouvelle en deux fois, avec près d'un an d'écart avant d'avoir une idée de la fin. On change d'univers et même de point de vue. Bonne Lecture!]

 

Et voilà. Encore une soirée de fichue... Comment peut-on nous faire sortir de cours à cette heure là.
Vingt-trois heures, dans ma rue, rien de plus banal. Si ce n’est que demain ce sera levé six heure trente pour le cours du matin. Et dire que je n’ai même pas pris ma douche… Les gens sont vraiment débiles. On dirait qu’ils sont poussés par une force supérieure rien que pour faire ce genre de conneries inutiles à la société et qui gâchent les soirées des gens. La connerie est vraiment la pire invention de l’homme.
Bon allez, plus que cinq cent mètres. Plus que cinq cent mètres pour se retrouver seul encore un soir de plus. Depuis deux ans que je suis seul… non, depuis toujours. Personne ne m’a jamais compris. Ma famille ne croit pas en moi, mes amis sont là pour meubler. C’est bête, mais je n’aurai aucuns regrets à tout lâcher et partir loin. J’en ai peur tellement ce serai facile pour moi. Les gens pensent comme moi? Dans cette société de l’individualité, je ne serai pas étonné qu’un jour ce sera chacun contre tous.
Ma vie… même elle n’est pas vraiment importante. En fait, je m’en fiche d’être ici ou là. Je me fous même de ce que je fais, de ce que je dis. Je pense que dans l’humanité, jamais personne n’est allé aussi loin dans la solitude. Et pourtant, mon cœur crie «au secours, je ne veux plus être seul». Il crie tellement que mon corps en frémit.
«_ Et bien alors, poule mouillée! Tu trembles déjà?
_ …
_ Non, ne te retournes pas! J’ai un Beretta Sword Cutlass pointé sur ton dos… Tiens, profites un peu de ce que ça fait d’avoir un flingue pointé dans le dos.»
Je suis paralysé. Que faire? J’ai une tarée qui s’amuse à pointer un flingue dans mon dos… Mouais, je suis sûr que c’est un faux.
«_ Enlève ton jouet de mon dos, miss, tu pourrais le regretter.»
On va y aller franco. Je sais me battre, bordel… Et pourtant je suis incapable de me retourner… J’ai un très mauvais pressentiment.

Pan!

C’était quoi ça? La balle a fait un trou dans mon manteau! Mais elle est complètement folle! J’aurai été plus gros je serai mort!
«_ Alors… Comme ça tu te rebelles… tu vois le joli trou que j’ai fait dans ton manteau. Eh bien, je t’en fais un deuxième dans le cul si tu penses encore pouvoir t’en sortir. Et ferme ta gueule… Tiens, j’ai une idée! Baisse la tête si tu comprends ce que je dis.»
Pas le choix, faisons ce qu’elle dit.
«_ Maintenant, tu vois la porte à ta gauche? Tu y entres. Elle est ouverte… Quoi? Tu crois que je vais te faire le coup du seau? … Si tu n’entres pas maintenant, je tire une seconde fois, et je ferai pas semblant de te rater… Bien…Les escaliers maintenant!»
C’est un immeuble misérable… Une porte qui donne directement sur un escalier. Tout semble délavé. Je sais pas si c’est là qu’elle vit, mais je me plaindrais plus jamais de mes papiers peints… Une dizaine de marches… Merde. Je sais même plus où je suis dans la rue. Je rentrerai jamais chez moi ce soir…
«_ Bien, la porte au fond… Tu t’assois devant et tu bouges plus.»
Bon, de toute façon, il n’y a qu’une porte dans ce couloir. Clac! Clics-clac. Ah? Fermé à clé… Comment j’ai pu être aussi con de penser qu’elle ne fermerait pas à clé. Bon, c’est une prise d’otage, ou un kidnapping. Bof, je penche pour une prise d’otage, j’ai pas vraiment d’argent. Pas de liens avec ma famille… Et si c’est prémédité, ben, je vois vraiment pas ce qu’elle peut obtenir de moi… Raah! Mais si elle n’est pas seule? Elle peut peut-être être une chasseuse de prime! Elle travaille peut-être pour un gang, une mafia?... argh.… Faut que j’arrête les films moi. Bon, elle monte…
«_ Hou! Le gentil chien! Il a même pas remué la queue!
_ C’est malin…
_ Je t’ai pas demandé de fermer ta gueule?
_ Si c’est pour m’insulter, tu peux faire ça avec un mur, ça le ferait moins chier, il te répondra pas et il a tout son temps pour que tu lui expliques qu’il est plus con que toi!
_ T’as mijoté ça combien de temps? Tu crois que tu me fais peur gros naze? Lèves-toi et rentre dans la pièce.
_ Et tu comptes faire quoi de moi?
_ Oh! Voilà, LA question qui tue!
_ Je n’ai pas peur de mourir, je suis attaché à personne, j’ai peu d’argent, alors j’en ai rien à foutre de tout ça. Mais, franchement, je ne supporte pas d’obéir à quelqu’un, surtout que je ne connais pas.
_ Entre! Blaireau…»
Wouaps! J’aurai mieux fait de fermer ma gueule. Ca à l’air d’être son appart‘, mais dans quel état… Des fringues partout, ça a l’air propre mais sans être rangé. On dirait une chambre d’étudiant déprimé… Putain, j’espère que je suis pas entre les mains d’une crétine d’étudiante qui vient de péter son câble… Se faire dérouiller par un collègue… Lamentable…
Ah, il y a une caisse de balles… bien remplie apparemment… Il y a d’autres armes sur le bureau. Pas de cours, juste des posters d’armes, de mangas, de plans techniques… Elle a de drôles de passions. J’aimerais pas être son petit ami…
«_ Fait un commentaire, et t’es mort…
_ Gentil.
_ Qu’est-ce que je viens de te dire…
_ Si au lieu de me menacer tu m’expliquais pourquoi je suis là.
_ Nan, j’en ai pas envie.
_ Ah…
_ D’ailleurs, tu vas poser ton cul sur le fauteuil et tu vas la fermer…»
Le fauteuil… Pas terrible, mais j’ai vu pire. Bon! Voyons à quoi ressemble notre hôte… Merde… Je suis tombé sur quoi moi… Une telle fille avec un flingue dans les mains. Le monde est vraiment étrange. Dans l’ensemble, elle est plutôt jolie. Mais là, détail par détail, elle est carrément canon. Elle s’est allongée sur le ventre sur son lit. Dommage, son débardeur remontre trop pour que je puisse voir le balcon… Bah, elle a de ses proportions, je vais pas faire une estimation, mais côté corps, elle n’a rien à envier au plus beau des tops modèles. Enfin, moi je dis ça j’aime pas les tops modèles… C’est juste une façon de parler. Enfin, quoi qu’il en soit, si je devais avoir un goût pour les tops modèles, elle serait mon premier choix!
Et la tête? Oh, non. Ses yeux sont si profonds… Noirs. Ils tuent. Raah, mais pourquoi je détourne le regard? Son visage est si beau… Ses traits sont fins, légèrement rosée. Pas de fioritures, pas de maquillage, rien de superflu. C’est beau… Pour une fois qu’une femme s’assume à fond, sans avoir peur d’elle-même… J’en connais qui diraient que c’est un homme.
Bon, soyons courageux…
«_ Tiens? Tu crois que tu me fais peur en me regardant comme ça… J’imagine que ça doit être dur pour une mauviette comme toi de regarder une nana qu’a plus de couilles que lui!»
Chieuse… Je vais pas me laisser faire, merde…
«_Ah?
_ Qu’est-ce qu’y a?
_ Une nana qui me regarde et qui pense être plus intelligente que moi…
_ Petit malin, je suis une pro de la gâchette… Tu feras mieux pas de jouer au plus con avec moi.
_ Hey, t’as commencé…
_ Je suis le chef ici, t’as pas encore pigé?
_ Chef de quoi? D’un appart' en bordel? T’as pas beaucoup d’ambition…
_ Et toi? Tu fous rien non plus…
_ J’ai rien à foutre. Comment veux-tu que je fasse quelque chose alors, que dans tout les cas, personne n’y feras attention.
_ Genre, t’as bien des profs qui s’intéressent à tes petits progrès, je suis sûre que ta mère te félicitais quand tu avais de bonnes notes.
_ Mes profs me félicitent que j’ai bien retenu LEURS enseignements. Ils s’en foutent du reste… C’est pareil pour ma mère, elle est fière que sa progéniture soit une réussite. Je n’ai aucun intérêt à faire attention à ce qu’ils pensent de moi!
_ T’as vraiment un con… Ils pourront toujours t’aider, toi au moins t’as quelqu’un qui t’aime…
_ Fais chier… Tu crois vraiment que je serai là s’ils s’inquiétaient pour moi?
_...
_ Voilà, t’as compris… Je suis aussi seul que toi.
_ Qu’est-ce qui te fais dire ça?
_ Le bordel… C’est impossible de vivre avec quelqu’un dans un bordel pareil.
_ N’importe quoi… Si c’est pour dire des trucs aussi nazes, tu ferais mieux de la fermer.
_ Raconte moi ta vie!
_ Hein?
_ Tu veux que je fasse quoi ici? A part meubler le temps en commentaire pourris, je n’ai rien d’autre à foutre en attendant que tu me relâches, que tu me tues ou que tu fasses quelque chose de moi… Alors, autant rendre ce temps utile, dis moi comment tu en es arrivée là!
_ … J’ai pas l’impression que j’ai le choix… Dit-elle en soupirant. Et dire que je suis sensé être le maître ici.
_ …
_ Si Dieu existait, il se serait suicidé il y a longtemps, tellement il a fait de conneries. Son putain de monde pourri est en train de foutre le camp. L’Europe est un des endroits le plus nul pour y naître orphelin. Seul au début tu resteras seul jusqu’à la fin de ta vie… «Si tu ne sais rien de toi, apprends à tout savoir sur les autres.» C’est que m’a dit un gars qui devait quitter l’orphelinat le lendemain. Rester seule de jours en jours transforme n’importe qui en zombie. C’est ce que je suis. Une zombie. J’ai appris seule à utiliser des armes, parce que l’orphelinat était aussi une cache de drogue. Le jour de mes 16 ans, j’ai compris que tout les gens qui me souriaient, souriaient leur réussite de blanchissement d’argent. J’ai suivit quelqu’un un soir… Je suis descendue, j’ai trouvé une arme, et je les ai tous tué. J’ai jurée que plus jamais je ne serai utilisée pour de l’argent…»
C’est clair, elle en a vraiment bavé.
«_... J’ai connu toutes les ombres de l’humanité. De la mafia à l’assassinat, en passant par les trafics en tout genre… Je m’en suis sortie uniquement parce que j’étais derrière mon flingue. Je n’ai fait que ce que je savais faire: Tuer!
_ Euh… En gros tu es en train de me dire que je suis ta prochaine victime?»
Au revoir madame la chance! Et bien, se faire tuer par une nana aussi jolie, ça vient pas tous les jours. Dommage qu’elle ne sache faire que ça…
«_ Pauvre plouc. Tu crois que je sais faire que ça?
_ Tu viens de le dire…
_ Joue encore au con et je te jure que je vais finir par le faire…»
Ah! Ca veut dire qu’elle ne veut pas le faire… du moins au départ.
«_ J’ai quand même réussi à m’en sortir seule depuis toujours… C’est pas donné à tout le monde.
_ Mais oui… Tous les étudiants sont comme ça…
_ Genre vos parents vous aident pas! Genre t’as personne à qui parler, genre tu n’existes pas pour le gouvernement!
_ Hein? Tu n’existes pas pour le gouvernement?
_ Et ça aurait été comme ça pour tout les autres orphelins si je ne les avais pas tous tués…
_ Gloups! En fait, t’es une meurtrière en recherche d’une nouvelle proie…
_ Ça fait 4 ans que c’est fini! Pas question que je paie pour eux!»
Ouah! J’ai touché une corde sensible… Bon, pas question de se la mettre à dos, elle a beau être super mignonne, en colère elle fait vraiment trop peur.
«_ C’est bon! J’en parlerai plus! T’énerve pas…
_ Mouais… T’en sais trop sur moi…
_ Ah… Tu veux que je te raconte ma misérable vie pour compenser?
_ J’aime bien comment t’essais de te rendre plus triste que moi… Vas-y, on a du temps devant nous…
_ On va dire que t’as dit oui. Bon, tout commence à …
_ Ouais, laisse tomber l’embellissement, chui pas une gamine qui n’attend que ça non plus.
_ Bien… Bon, je suis né dans une famille du genre «plus banale tu meurs». En gros, j’ai beau être l’aîné, avec plusieurs autres gosses qui viennent, tu deviens une habitude. Voilà, j’ai grandi seul dans l’ignorance de la société… Pas d’amis, personne qui pense à toi. Tu n’es qu’un numéro dans la société… Ton nom ne veut rien dire… On t’oublie, alors tu finis par oublier. J’ai toujours été à la limite, suffisamment bon pour ne pas trop s’en prendre, et pas assez pour sortir du lot. Et voilà, j’étudie, mais franchement, je fais ça plus par nécessité que pour autres choses, et surtout pas parce que j’en ai envie…
_ Ah ouais… La société est vraiment merdique… même ceux qui sont sensés avoir de la chance n’en ont pas.
_ Je te le fais pas dire…»
Au moins on est d’accord sur ce point. C’est vrai que malgré tout, on est toujours tout seul. A moins d’avoir un frère jumeau ou un amour presque fusionnel, c’est difficile d’avoir quelqu’un avec qui se confier. Même les parents finissent par nous laisser tomber. Les plus forts s’en sortent, les faibles finissent par vivre au dépit des autres, par eux ou grâce à eux. On finit par diviser le monde en trois: les parasites, les parasités, et ceux qui s’en sortent tant bien que mal sans pour autant en être heureux.
Tiens? Elle me regarde. Ses yeux sont profonds. On y sent toutes les épreuves qu’elle a traversées. Mais ça n’est qu’une partie de son regard. J’y vois une flamme aussi. Quelque chose qui brûle et qui lui a permis de rester en vie.
«_ T’as déjà fait l’amour?»
Hein?? C’est quoi cette question? J’ouvre mon pull en faisant mine de pas trop être gêné.
«_ Euh… Tu veux vraiment qu’on parle de ça?
_ Réponds où je te troue la jambe. Dit-elle en caressant son pistolet.
_ Et en quoi te répondre te servirai?
_ Je vois…»
Elle prit son pistolet en main et visa ma jambe. Sa prise semblait sans doute. Aucune hésitation, rien ne l’empêcherai de tirer. Sauf une réponse peut-être…
«_ Oui. Dis-je en la regardant dans les yeux.
_ Idiot…»
Et elle tira. La balle effleura ma jambe. Je ressenti alors une vive douleur et je sentis mon sang chaud couler le long de mon mollet.
«_ Ouah!! Bordel!! Ça fait un mal de chien ton truc! Dis-je en me tenant la jambe.
_ Ah ah ah ah ah ah ah! T’es trop marrant quand tu te tiens la jambe!» S’esclaffa-t-elle.
Je m’effondra sous la douleur. La chaise était drôlement haute. J’étais à la limite de la perte de connaissance. La blessure n’était pas profonde, mais la balle m’avait brûlé d’une façon très douloureuse.
«_ Petite chose… Tu n’as jamais aussi mal, hein? Allez, laisse-moi faire…»
Elle s’approcha de moi, déchira mon jeans au niveau de la blessure, se pencha et commença à lécher l’entaille. La relative froideur de sa langue me fit alors un bien fou. Et elle arrêta aussitôt. Quelques secondes plus tard, elle recommença. Mais encore une fois, elle retira sa langue rapidement.
Cette intermittence entre douleur et bien-être était atroce… Ça m’énervait au plus haut point. J’attendais que ça se calme mais elle ne voulait pas arrêter. Mais trop, c’était trop.
Je profita d’un de ses moments d’occupation pour lui mettre un coup de jambe dans la tête. Elle se recula comme si elle s’attendait au coup. Je me jeta quand même sur elle. Je lui pris les épaules et coinça son bras armé avec le mien. Elle se retint pas pour m’envoyer un coup de poing en plein plexus. J’en eu le souffle coupé sur le moment. Elle lâcha alors son flingue pour libérer son bras et me frappa plusieurs fois au torse. Je la maintiens malgré la douleur. Bigre, elle est plutôt balaise… Elle s’agrippa alors à mon Tee-shirt et le déchira sans problème. Puis dans un élan de force elle inversa les rôles en se retrouvant sur moi.
Et soudain, ses coups s’arrêtèrent. Je n’avais plus la force de la retenir depuis quelque secondes. Cet arrêt me soulagea. Je n’avais plus trop mal à la jambe, mais j’avais la poitrine en feu, sans compter mon cœur qui n’arrêtait pas de battre la chamade…
Et puis je me risqua à la regarder. Elle semblait totalement choquée par ce qu’elle voyait. Je ne pensais pas que mes cicatrices pouvaient l’émouvoir à ce point… Elle se tenait la tête et ses yeux étaient hypnotisés par ces traces malgré ses doigts fins qui tentaient de lui cacher cette vision.
«_ Bah… fais pas attention à ça… J’ai beaucoup souffert, mais c’est superficiel…»
Elle ne répondait pas. Paralysée comme elle était, c’était un peu normal d’ailleurs. Bon, je vais utiliser la technique pourrie du gars qui prend la nana dans ses bras. Et bien sûr je suis sûr de ce qui va se passer. Je vais me relever, avec mon dos en compote, la serrer dans mes bras, et je vais souffrir le martyr car elle aura encore plus peur de mes cicatrices et je dirai alors adieu à mon torse…
«_ Allez… c’est bon, ce ne sont que des cicatrices. Dis-je en me relevant. J’écarte les bras et hop! Le tour est jou…
_ Pas touche! Connard!»
Putain de poing… Elle frappe comme un boxeur cette nana. Et merde…

Tiens? Je suis sur mon lit. Bizarre, il est un peu plus mou que d’habitude… A moins que… Y’a moyen que ce soit pas le mien en fait. Ah? Le son revient. Merde… j’entends rien quand même… Ah si! J’entends mon artériole d’oreilles qui martèle mon tympan. Je suis pas avancé…
L’odeur maintenant. Bien, voyons voir… Renfermé, métal, huile ou graisse, poussières… Ah, y’a ma propre odeur aussi. Zut, j’aurai dû prendre une douche hier… Pourquoi je l’ai pas fait?
Ah oui, c’est bon. Je me souviens. Y’a une détraquée qui m’a tiré dessus, et qui m’a coupé le souffle d’un bon marron que je m’en souviendrai longtemps. Mais c’était un vrai canon! Attends… j’ai dormi chez elle? Je la vois mal me transporter durant la nuit. Elle a dû m’allonger suite à un élan de bonté. Elle m’aime bien finalement…
Et crotte! Une amoureuse transie… Comme si j’avais besoin de ça.
Ah, le reste des sens reviens. Alors… je sens tout mon corps. Je suis sur une couverture, et j’ai la jambe en feu…
Bon, on risque et on ouvre les yeux… Personne à droite… -encore heureux que je sois sur le dos- Personne à gauche. Attends. Ah si. Elle est allongée sur le ventre et lit un bouquin.
Bon, on ne bouge pas… le temps d’une vérification.
Bien. D’un elle est toujours aussi belle. De deux, vu comment elle est installée, elle peut me maîtriser en quelques coups. J’en ai assez subi pour le moment. Enfin… le moment, le moment… Je sais même pas combien de temps j’ai dormi.
Bon, vive l’instinct!
Je me retourne d’un coup et me retrouve sur elle. Je bloque ses bras avec les miens et ses jambes avec les miennes. Uniquement grâce à mon poids je suis gagnant. Enfin… C’est ça ou je me prends un coup de lattes.
«_ Connard! Dégage ou je te fais la peau!
_ Tsss, ce serait pas «et je te fais la peau»?
_ Blaireau!
_ Arrête avec ça. C’est pas en m’insultant qu’on s’en sortira.
_ Qu’on?
_ Oui… Grâce à ma magnifique maîtrise des arts martiaux je suis autant dans la merde que toi. Si je bouge tu reprends le dessus. Mais du moment que je reste sur toi, je ne crains rien… à part des crampes.
_ Tu comptes rester là longtemps à me reluquer?
_ Je pourrais. Faut avouer que t’es pas ce qu’il y a de plus moche sur cette petite planète.
_ C’est quoi cette drague pourrie…
_ Un compliment. Mais tu le prends comme tu veux. Je peux faire plus direct si tu veux…
_ Mais c’est quoi cette merde! Dégage de sur moi et je te ferai rien!
_ Non.
_ QUOI!?!
_ Tiens, d’ailleurs, je vais me venger pour le trou dans ma jambe et la frousse que tu m’as faite avec.»
Et j’approche ma tête de son cou.
«_ Je t’interdis de me toucher !
_ C’est ça… Et moi je t’interdis de me tirer dessus… Ah mince! C’est trop tard !»
Je suis un connard en fait. Bon, descendons… J’hume son cou. Une légère odeur de sueur salée, une fine ligne de parfum, mais rien de bien puissant par rapport à sa propre odeur. En effet, elle non plus ne s’est pas douchée et sa se sent. Mais justement… elle sent les fruits frais. Une douce couche d’eau fraîche sur de la pulpe de litchis. C’est bête, mais c’est ce que ça m’évoque.
Tiens ? Je me rapproche d’elle sans le vouloir… Bizarre, j’ai pas baissé la tête pourtant!
«_ Aïe !
_ Maintenant tu dégages ! Vicelard !
_ Un coup dans l’œil ! Ça fait mal…»
Oups! J’ai enlevé mon bras pour me tenir la tête…
Elle bougea alors et en quelques secondes la situation redevins comme avant mon coma forcé.
«_ Aha ! Prends garde à mes cicatrices !»
Et paf ! Un joli pain dans ma tronche, un !
Je suis étourdi par un tel coup. Le temps de reprendre mes esprits je constate qu’elle m’a remis mon Tee-shirt. Raah, mais forcément ! Quel abruti je fais ! Mais attends… Elle me l’avait déchiré, non ?
«_ Tu m’as mis un de tes Tee-short ?
_ Ouais… Mais tu puais la sueur, c’était pas facile de te le mettre…
_ Merci du compliment…
_ Tu parles, si t’arrêtais de faire le con je pourrais te prêter ma douche, mais là, t’as pas l’air de vouloir coopérer. Et je peux pas te tuer, ça pue encore plus un mort.
_ Pour une fois que ma vie est importante…
_ Et voilà… si tu veux crever fais ça ailleurs que chez moi.
_ C’est vrai ? Je peux m’en aller ?
_ Non !
_ Ah ? Pourquoi ?
_ Euh…»
Et c’est à ce moment que je constata pour la première fois qu’elle rougissait…Et ça fait tout bizarre… Parce que croire qu’une fille qui porte un flingue -aussi canon qu’elle soit- qui vous tire dans la jambe, et vous torture comme une sadique - en plus de vous mettre à terre avec un simple pain - se met à rougir, c’est très très très difficile. Surtout dans ma position…
Bon, entrons dans le jeu, après tout ce n’est qu’une fille. Et puis bon, y’a bien une raison qui la pousse à vouloir que je reste avec elle. J’ai vraiment l’impression qu’elle est bien seule depuis un bout de temps, et en connaissance de cause, j’admets que c’est pas simple.
«_ Tu sens bon.
_ Hein ? Fit-elle en rougissant de plus belle. Mais qu’est-ce que tu racontes ?
_ Bein oui, quoi… Tout a l’heure avant de recevoir ton coup de tête, j’ai senti ton cou. C’était doux et frais. Je devais te le dire.
_ Ah… Merci…
_ Dis moi, y’a une raison spéciale qui te pousse à me garder chez toi hormis le fait que tu es seule depuis trop longtemps ?
_ Peut-être…
_ Bon. Je sais pas quelle heure il est, mais de toute façon j’ai rien à faire chez moi, de toute façon, y’a personne qui m’attends, et toi t’as l’air d’avoir besoin de moi. Y’a moyen qu’on se mette plus à l’aise ?
_ Euh… oui…»
Bon, j’ai les choses en main maintenant. J’ai vraiment l’impression qu’elle a besoin de parler. Je vais la mettre à l’aise, c’est pas gagné avec une fille pareil, mais pour une fois que j’ai un défi dans la vie.
«_ Je peux utiliser ta douche ?
_ Euh, oui… C’est la porte à droite. En me montrant une porte en bois écaillée par l’humidité.
_ Cool ! J’espère qu’on t’a pas coupé l’eau chaude.
_Aucun risque, je me sers chez le voisin…»
Ah ouais… Bonjour le parasite… M’enfin je dis ça, je fais pareil avec la wifi et l’électricité moi. Ce serait marrant de comparer nos factures de location !
«_ Touche pas au flacon blanc, ça te décolorerait les cheveux. Me dit-elle à travers la porte.
_ Et si j’ai envie de cheveux blancs ?
_ Tu attendras, ça coûte la peau du cul ça…»
Bonjour l’air blasé… Plus asociale qu’elle tu meurs !
«_ Tu veux pas me rejoindre, j’ai peur tout seul sous la douche…»
Ca vaut le coup de tenter. Alors, alors ?
«_ Blaireau, t’es naze en drague !»
Mmhh, je comprendrais jamais cette fille. Elle veut quoi ? Elle veut que je reste, mais c’est pas pour parler, ni pour se caresser, voire peut-être pas pour se battre, j’imagine encore moins pour faire des trucs à deux sous la douche… Pour faire la cuisine ? Ça m’étonnerai, et en plus je suis pas un cordon bleu. Bon, je suis pas nul non plus, mais je lui ferai pas un gâteau de sitôt… Un gâteau… C’est quand son anniversaire ? Elle a quel âge d’ailleurs ? Si je me souviens bien, elle a quitté son orphelinat y’a quatre ans, et elle en avait seize. Vingt ans. Argh, je me suis fais défoncé par une nana d’un an plus jeune que moi. C’est décidé, si je m’en sors je prend des cours d’art-martiaux !
Bon, douche normal, cinq minutes, un record. Bref, faut que j’essai de la faire parler, sinon cette soirée n’en finira pas.
«_ Te branle pas sous ma douche !
_ J’ai besoin d’aide pour ça.
_ Pauvre gars…
_ Ça te dit de me montrer comment tu fais ?
_ Blaireau, sors vite de là. Faut que je prenne la mienne aussi…
_ Oui ma chérie !»
Allons-y au culot et à l’honnêteté, ça paiera peut-être…
«_ C’est ça… Tu t’excites souvent comme ça ? Ou c’est la première fois que tu vois une nana…»
Une nana… bonjour le langage.
«_ En effet, c’est la première fois que je rencontre d’une façon aussi soudaine et aussi proche. Mais ça ne t’empêche pas d’être gentille avec moi.
_ Et pourquoi je le serai ?
_ Parce qu’apparemment tu veux que je reste un moment chez toi. De plus, tu vas prendre ta douche après moi. Je veux bien voir comment tu vas m’empêcher de défoncer ta porte et de partir.»
C’est bon, j’ai le filon. Bon sortons… Vu le regarde qu’elle me jette, je lui en ai bouché un coin.
«_ Je ne sais pas ce que tu as vécu en détail dans ta vie, mais si tu continues à m’insulter et à me faire des commentaires débiles, je ne sais pas combien de temps ça va prendre avant que la situation avance enfin. Alors je fais le premier pas, je te donne ma parole que je ne franchirai pas ta porte pendant ta douche, que je n’essaierais pas de te regarder -même si ça va être dur…- et que je ne te ferai plus chier. Mais j’attends que t’arrêtes de mal prendre tout mes dires.»
Oh… Elle est décidément superbe quand elle rougit.
«_ D’accord…»
Elle me poussa pour passer dans la salle de bain et ferma la porte derrière elle. Peut être un peu sèchement, mais je n’en tiendrai pas compte, c’est idiot.
Bon voyons de plus près où elle habite. Une cuisine style étudiant, mais en un peu plus gros. Installations classes, mais sans vraiment de superflu. On voit vraiment que c’est chez elle. Sa chambre-salon maintenant… Mmhh, je n’avais pas regardé précisément, mais c’est très «cocon protecteur». En même temps la mienne est pareil. Et ces papiers ? J’aimerais avoir sa date de naissance. Un unique bureau converti en atelier de nettoyage d’armes. Y’en a partout. Autant de pièce d’arme que de graisse et de balles. Un tiroir. Lentement… Oh ! Un certificat de naissance. «Née en France le 8 juin…». Pas besoin d’en savoir plus.
Attends. Le 8 juin, c’était pas hier ? Hein ? Mais il est pas minuit passé !
Je comprend tout maintenant. Qui voudrait être seul pour son anniversaire. Bon, je vais m’occuper de ça. Tant pis pour ma parole mais c’est pour toi que je le fait.
Et en cinq minutes, je suis dans ma rue à courir en T-shirt pour aller chez moi. Je monte les escaliers - Putain d’ascenseur en panne ! - j’ouvre ma porte et déboule dans ma petite cuisine.
Super ! Il m’en reste un ! Encore heureux que j’ai pas eu le temps d’ouvrir mon dernier gâteau. Un gros cannelé sucré, y’a moyen qu’elle aime ça, non ?
Elle va me tuer en sortant de sa douche…
Je prend un pull et je file en bas de chez moi. Je remonte la petite rue et … meeerde… Elle me vise avec son flingue… Elle a dû sortir en trombe de chez elle et me chercher partout.
«_ CONNARD ! Tu m’avais promis !
_Justement, tu viens de briser l’accord toi aussi !
_ Je vais te buter !»
Wouah… ça se complique… Elle est en larme en plus. La gaffe !
«_ Attend, je peux te dire une dernière chose avant ?
_ Ce sera ta dernière phrase…»
Bigre, le ton… Elle est vraiment résigné. Quand je pense que la première personne avec qui elle a essayé d’avoir un contact viens de la trahir, je suis mal. Mais j’en ai rien à faire, en fait, c‘est pour elle que je fais ça, pas pour moi.
«BON ANNIVERSAIRE !!»

 


Commentaires

 

1. tanioush K  le 19-06-2011 à 23:51:59

J'aime bien!

petite histoire vivante, agréable à lire, marrante, attachante et révélatrice!

je ne me lasse pas de lire tes textes, merci pour ce partage

2. Kun  le 20-06-2011 à 13:57:20  (site)

Je suis ravi que ça t'ai plus! Merci beaucoup! ^^

3. trac  le 28-08-2011 à 23:07:57

pas mal du tout. tu devrais te relire, corriger les fautes de français, de grammaire, et moins insister sur les mêmes types de verbiages. mais l'idée, le scénario sont très bons, et ceal plonge le lecteur dans un univers original. Est-ce que l'histoire n'est pas un peu autobigraphique? l'auteur ne se trahit t'il pas de temps en temps? Pape

4. run  le 02-09-2011 à 09:30:00

mais ques qu'il a ce mec a critiquer les fautes? ces texte sont géniaux c'est tout, tu parles d'un commentaire de naz!!!! allé a la proch

5. Kun  le 31-12-2011 à 01:08:29  (site)

Salut Trac, merci pour tes conseils! En effet, certains de mes textes ont encore pas mal de fautes, mais j'essaie de corriger petit à petit! ^^
Mais pour l'instant aucune de mes nouvelles n'est autobiographique. Certains personnages sont en partie inspiré de moi-même, mais ça ne va pas plus loin pour le moment...

Salut run! Je suis très heureux que tu considères mes textes comme étant géniaux! ^^ Mais personnellement, je préfère rester modeste. Trac ne m'a pas critiqué ou en tout cas je ne l'ai pas pris sous cet angle là, restons poli, hein! Clin doeil
J'espère continuer à te faire plaisir dans mes écritures! Merci encore!

édité le 31-12-2011 à 01:09:35

 
 
 
 

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